Hommage photo à Notre Dame de Paris

Mis à jour : avr. 25


Mon Hommage à la plus belle des cathédrales



Une journée incroyable


15.04.2019


Aujourd’hui est une journée très particulière. Aujourd’hui, je suis en train d’attendre toute la journée que mon ami D. m’annonce que son bébé vient de naître. Je suis surexcitée, et je pense très fort à lui pour que tout se passe bien. A 19h20, j’apprends enfin la bonne nouvelle ! Je suis tellement heureuse pour lui, quelle belle journée !

Parallèlement à cette belle nouvelle, je suis en train d’écrire mon nouvel article pour demain. Il parlera du pouvoir du rire et du sourire. J’ai mis un peu de temps à trouver comment aborder le sujet, mais j’en suis à plus de la moitié, mon rythme d’écriture est bon.

A 19h30, ma journée bascule. J’entends un « Viens voir » de l’autre coté de l’appartement. Je laisse mon article et je me rends dans la pièce d’à côté. La télévision est allumée et mon cœur se serre en découvrant l’image : une fumée très dense recouvre Notre Dame et j’aperçois des flammes léchant la flèche de la cathédrale. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’il se passe...cela semble irréel. Qu’arrive t’il à ce bâtiment solide, surplombant l’Ile de la Cité tel un paquebot insubmersible ?...


« Ce bâtiment, depuis des siècles, personne n’y touche. Les guerres, la révolution, il est resté intact. Rester intact, quelque soit l’histoire qui se soit déroulée, et là le voir détruit par un incendie... c’est tellement d’une tristesse infinie. » S.

L'annonce de la catastrophe


Je regarde plusieurs minutes, scotchée aux images, sentant beaucoup de tristesse en moi. Mais il n’y a rien à faire. Il est très difficile de faire face à ce sentiment d’impuissance. Je retourne malgré tout à mon écriture d’article, mais le cœur et l’esprit n’y sont plus. Malgré mes tentatives de terminer mon écrit, je bloque sur la fin à lui donner. Je reçois à ce moment là un message d’une amie. Nous échangeons sur l’état de tristesse dans lequel nous sommes toutes les deux. Je lui raconte mon histoire d’article, et aussi mon désarroi face à ce bâtiment que j’ai tant aimé photographier depuis que je suis arrivée à Paris, il y a 10 ans. Elle me donne une merveilleuse idée, rendre hommage à Notre Dame avec les clichés que j’ai pu faire de ce joyau architectural.


Notre Dame et moi c’est une histoire de photographie, vous vous en doutez …

Je me suis replongée dans mes archives et j’ai retrouvé des trésors. Cela m’a rappelé tellement de souvenirs. J’ai réalisé vers elle plusieurs séances il y a quelques années, et surtout je me suis baladée devant, derrière, dessus… un sacré paquet de fois ! Et à toutes saisons ! J’ai aimé pas mal de points de vues, mais mon préféré à toujours été celui depuis le Pont de l’Archevêché. Une vue imprenable sur l’arrière de Notre Dame dans son environnement global de l’Ile de la Cité. Quelle beauté…




Vue depuis la Tour Saint Jacques




« C’était en plus d’être un symbole fort, quelque chose de très important pour moi. Pas une semaine sans que je passe à ses pieds, que je lui souris en la remerciant de m’avoir accordé une deuxième chance. C’était mon repère. Là où C. m’a dit Je t’aime. Elle veillait sur nous. » ML.

Notre Dame de Paris et moi


J’ai un passé émotionnel avec Elle, comme beaucoup d’entre nous je pense. La première formation photo que j’ai suivie se trouvait sur l’Ile Saint Louis, tout à côté. Chaque fois que j’avais cours, je prenais ce fameux pont pour arriver, et également repartir chez moi. J’ai vu Notre Dame de jour, de nuit, aux lueurs du coucher de soleil… Et je ne m’en suis jamais lassée. J’ai toujours particulièrement apprécié le travail de lumières qui avait été réalisé pour la mettre en valeur une fois la nuit tombée. Le nombre de fois où je suis passée sur le pont de l’archevêché sans m’arrêter prendre une photo se compte sur les doigts d’une main je pense. Elle fait partie de ce dont je ne me serai jamais lassée.



Ce soir j’ai beaucoup hésité à me rendre sur place. J’ai préféré attendre de revoir mes photos et me remémorer tous mes souvenirs avant. J’avais peur que ma tristesse soit décuplée en assistant impuissante à ce triste spectacle de destruction. L’image la plus impressionnante pour moi restera celle d’un drone des pompiers nous montrant le dessus de Notre Dame brûlant tel un brasier géant. En voyant cette image, je sais que ce n'est que la partie supérieure et que le bas est à priori intact sous la pierre... Mais cette vision est spectaculaire.



J’ai vu également passer des centaines de photos et de minis vidéos sur Instagram. L’une d’elle m’a particulièrement touchée, par son côté complètement paradoxal. Un point de vue en hauteur avec au premier plan Notre Dame en train de se consumer, et au second plan la Tour Eiffel, majestueuse et solide, dominant Paris, flamboyante et étincelante pendant ses 5 minutes habituelles à chaque début d’heure. Réglée comme une horloge, Show Must Go On en quelque sorte. Un magnifique cauchemar.


Crédit photo A.G. Photographe


Quelle ironie du sort. Perdre une partie inestimable de notre patrimoine en voulant le restaurer. Saviez-vous que la flèche était gardée par 16 statues des apôtres depuis 1870 ? Et que pour la toute première fois, ces statues ont été découpées à la base de la tête afin de pouvoir les descendre au sol en vue de les restaurer... il y a 5 jours ! La flèche s’est retrouvée pour la première fois sans ses gardiens depuis 150 ans.


« Notre Dame est aujourd’hui déserte, inanimée, morte. On sent qu’il y a quelque chose de disparu. Ce corps immense est vide; c’est un squelette; l’esprit l’a quitté, on en voit la place et voilà tout. » Victor Hugo


Capturer l’architecture d’une ville, pour moi, c’est être touchée par la beauté de ce qui a pu être réalisé il y’a des centaines d’années. C’est prendre conscience de la chance que j’ai de le voir de mes propres yeux, de sentir les matériaux sous mes doigts. C’est aussi prendre conscience du passé de chaque bâtiment et de l’Histoire qui s’est y déroulée. Chaque édifice a une âme et une présence. Notre Dame fait partie de ces bâtisses qui m’ont toujours fasciné par leur grandeur, leur splendeur et leur charisme.





16.04.2019


Le lendemain du drame


Nous sommes le lendemain. L’état de choc est passé, mais la tristesse persiste encore un peu. Après avoir écrit ces mot, regardé toutes ces photos, je me trouve chanceuse d’avoir pu admirer cette Grande Dame autant de fois. Je lui suis reconnaissante de m’avoir offert autant de beaux et bons moments avec elle, de m’avoir accueilli dans ses tours pour la visiter et de m’avoir émerveillé avec sa vue imprenable sur Paris. Je sais que tout le monde n’a pas eu ce privilège, mais elle et moi on était voisines, c’était plus facile de se voir :)


Je sais qu’elle va devoir se refaire une santé et une beauté et que je ne la retrouverai peut-être jamais plus de la même façon, mais je l’accepte. J’ai eu le bonheur immense de la côtoyer pendant 10 ans, c’est déjà beau !


Je vais suivre ta guérison jour après jour Grande Dame. Aujourd’hui je suis venue te voir. J’avais le cœur qui battait vite, et puis j’ai commencé à t’apercevoir au bout de la rue de l’hôtel Colbert. La foule était présente, mais curieusement, très silencieuse, scrutant ta carcasse abîmée.




Est-ce que tous ces gens sont comme moi ?

Est-ce qu’ils ont besoin de quelques minutes de silence pour t’observer, graver dans leur mémoire une nouvelle image de toi ?

Tu sais quoi ? Moi, je te trouve toujours belle. Il manque un morceau de toi(t) en effet, mais la structure globale est là, devant mes yeux, c’est comme si tu avais enlevé ton chapeau.

Je suis rassurée de te voir.


Finalement, ce que je trouve moche, c’est cet échafaudage ! Lui, est resté immobile.


Prends soin de toi, on va essayer de faire notre maximum de notre côté ;)



Anne BIED