Jardin en permaculture : analyser son sol pour mieux le connaître


Mieux connaître votre sol pour savoir comment le cultiver



Chers tous ! Nous continuons notre voyage au cœur de la permaculture ! Si vous avez manqué le premier article Mon expérience en permaculture : comment débuter un jardin potager, je vous invite à le lire avant celui-ci.

« Mon expérience », c’est celle de ma belle-maman, pas la mienne ! 10 ans de permaculture ce n’est pas négligeable ! Je lui ai posé quelques questions pour vous donner les bases nécessaires pour débuter ce beau projet, je vous propose la suite de ses réponses dans cet article.

Il est évident que le sujet est vaste et dense, et que nous ne pouvons pas tout traiter en deux articles. Le but de ces deux articles est de vous inviter à une initiation, une ouverture à un nouveau mode de fonctionnement, une manière de penser et réfléchir son jardin de façon vivante et sensible !



Tout part du sol si j’ai bien compris. Comment fait-on pour savoir quel type de sol on a sur notre terrain ?

L’analyse du sol : calcaire / acide / neutre ?

« Vous avez probablement dans la maison du bicarbonate de soude et du vinaigre blanc. Prélevez de la terre dans votre jardin, répartissez votre échantillon de terre dans deux récipients.

Dans le premier, versez du vinaigre blanc. Si le vinaigre réagit (bulles), votre sol est alcalin / calcaire (PH élevé au-delà de 7.5) Ajoutez de l’eau dans le deuxième récipient jusqu’à former une boue. Versez alors du bicarbonate, qui devrait pétiller, signifiant que le sol est acide (pH inférieur à 6.5) Dans le cas où aucun des deux tests ne réagit, le sol est probablement neutre (pH de 7). Ce test permet une première analyse. Tout ceci peut vous aider à savoir ce qu'il faut apporter pour rééquilibrer votre jardin en apportant les amendements nécessaires. Quoiqu'il en soit, un apport d'amendement organique tel que du fumier en hiver est important.

On sait aussi qu’un apport de feuilles en hiver fait baisser le ph. Les sous-bois ont un ph acide.


Un exemple concret

Chez nous par exemple, notre sol argilo-calcaire a un PH d'environ 8-8.4, (sol alcalin voire même très basique) ce qui fait qu'il supporte très bien les apports de feuilles, herbes de tonte, divers déchets verts, qui ont tendance à abaisser le PH et rendre le sol plus acide, donc de se rapprocher du 7 neutre.

Des petits indices avec des plantes bio-indicatrices peuvent vous aider à avoir une idée, par exemple si vous avez des fougères, si les rhododendrons, la bruyère, les Hortensias poussent très bien, votre sol est plutôt acide. Si vous avez plutôt des mauves, votre sol est plutôt calcaire et donc alcalin.

Un sol ça se prépare combien de temps à l’avance pour bien cultiver ?

Commencer en Hiver

Ca y est, vous êtes décidés à commencer, alors mieux vaut vous y prendre durant l'hiver précédant les premières plantations.

Pour gagner du temps, il vous faudra décompacter la terre sur une vingtaine de centimètre, si votre jardin n'est pas déjà installé, la recouvrir d'une épaisse couche de paille (paillage sec) puis de fumier (paillage humide) ainsi que de la cendre si vous en avez. Cette dernière va alléger votre terre et amener de la potasse qui favorise la floraison et la présence de sucre dans les fruits et légumes.

Vous laissez reposer sans y toucher jusqu'à ce que vous installiez vos plants au printemps. La première année, la paille sera très présente et va se transformer au fil du temps, l'important est d'alterner les paillages secs et humides car sans humidité, la paille aura du mal à se transformer.

Continuer au Printemps

Lorsque vous installez vos plants au printemps vous formez des trous au travers du paillage et vous pouvez au fond de ces derniers y installer une bonne poignée d'orties bien tendres (avant que les fleurs n'apparaissent, non grainées en évitant les tiges qui risqueraient de bouturer.

Privilégiez les têtes tendres qui en se dégradant vont diffuser graduellement de l'azote assurant la bonne croissance de vos plants : l'apport d'azote favorise la croissance des tiges et feuilles, et l'apport de potasse favorise l'apparition des fleurs, des fruits et augmente leur taux de sucre.

Vous pouvez installer un goutte à goutte pour vous éviter d'arroser au pied, vous attendrez que ces derniers aient commencé à s'implanter avant de rajouter par exemple de l'herbe de tonte sur une quarantaine de centimètre de hauteur en évitant qu'elle ne touche les plants, elle pourrait en effet brûler les tiges en fermentant.

Vous installez cette herbe en amont, en aval et entre les plants pour créer un couvert assez compact.

Tout ceci à pour but de nourrir la terre, d'éviter le dessèchement, l'invasion de plantes indésirables et de vous apporter ainsi qu'à vos fruits et légumes un plus grand confort.

Si vous ne disposez ni de paille, ni suffisamment d'herbe, vous pouvez utiliser du carton, vous savez, les gros cartons d'emballage marrons bien encombrants dont on ne sait jamais trop quoi faire, essayez tout de même de les recouvrir avec des déchets végétaux (toujours alternance de paillage sec et humide)



Qu’est ce qu’on plante, comment, où ?

Des plants de qualité

Le résultat va dépendre également énormément de la provenance des plants. Pour ma part, je n'utilise quasiment que des plants élevés à la maison, depuis pas mal d'années, j'effectue une sélection génétique en améliorant les variétés au fil des saisons.

Un arrosage quasi-inexistant

Je suis partie de variétés de tomates anciennes et les ai accoutumées à ne quasiment pas les arroser, il faut environ quatre années pour arriver à un résultat probant, nous les arrosons grâce au goutte à goutte installé sous le paillage seulement une fois par mois environ, au début, au printemps, nous ne les arrosons pas, lorsque les températures montent au-delà de 35°c, nous les arrosons 2 fois dans le mois.

Le résultat est incroyable, les qualités organoleptiques, gustatives sont exceptionnelles, de surcroît, la vigueur des plants ainsi que la conservation des fruits dépassent toute attente, du coup les maladies passent leur chemin....

Cerise sur la tomate, j'ai également obtenu des hybridations naturelles et donc de nouvelles variétés maison avec des mariages très réussis !


S’adapter au réchauffement climatique

Outre la visite du verger de Pruniers d'Ente de mon confrère, j'avais été marquée par un reportage télévisé sur les pratiques culturales dans les pays du Maghreb voilà une dizaine d'années, les ressources en eau y étant limitées, ils créent des micro-climats en superposant les couches et les ombres végétales, tout d'abord les palmiers, puis dessous les agrumes et encore dessous les légumes.

Le dégagement de vapeur d'eau et l'ombre permettent de limiter l'arrosage et de protéger des brûlures du rayonnement solaire, violent à ces latitudes. Or le constat est fait, nous nous approchons dans le Gers du climat de ces contrées, le taux d'alcool dans nos vins augmente de 1 degré tous les dix ans, malgré des dates de vendanges de plus en plus précoces, de sorte que depuis une quarantaine d'années, les vins sont passés d'un taux d'environ 11 degrés à plus de 14 degrés !

Enrichir et diversifier

De ce fait, nous avons installé une haie, des fruitiers, de la vigne entre les bandes cultivées, créant de l'ombre, laissé le sol enherbé, sur lequel poussent en outre du trèfle et de la luzerne, des légumineuses qui captent l'azote présente dans l'atmosphère et la restituent dans le sol.

Cela permet également de limiter l'évaporation, d'entretenir l'humidité ambiante, notamment durant la nuit, hydratant la partie aérienne des plants, qui donc supportent mieux le rayonnement solaire, sachant qu'à partir de 35°C, j'ai constaté que les fleurs des tomates brûlent, ce sont des plantes tropicales très à leur aise aux alentours de 25°C ...

Nous pouvons nous permettre de les planter de façon rapprochée (35-40 cm) car étant parvenue à des variétés vraiment très résistantes, elles ne sont pas sujettes aux maladies, nous limitons l'évaporation du sol.



Rotation des cultures

Mieux vaut pratiquer une alternance et une rotation des cultures afin que les mêmes espèces ne puisent pas toujours les mêmes nutriments au même endroit. Installez par exemples des légumineuses capturant au sol l'azote de l'atmosphère à l'endroit où se trouvaient des solanacées gourmandes et exigeantes l'année précédente, les alliacées sont peu voraces.

Pour notre part, nous mettons le jardin au repos relatif en hiver, nous paillons, recouvrons de fumier enrichi de cendre les bandes cultivées, nous plantons seulement de l'ail en novembre-décembre et des oignons de Trébons en février-mars, pour les cueillir en juin et remplacer dès récolte par des plants de cucurbitacées.

Pour le reste nous plantons des "légumes du soleil". Cet apport systématique et permanent de matière organique nous permet de cultiver d'une année sur l'autre sans épuiser la terre, voire de pouvoir, effectuer plusieurs récoltes successives au même endroit dans une année.




BONUS

· Une recette de traitement maison - Bio Voici en cas de maladie une recette de traitement réellement bio à pulvériser en cas de mildiou ou d'oïdium pour éviter l'utilisation du sulfate de cuivre: - 1l d'eau - 10gr de bicarbonate de soude - 10cl de purin de prêle (la prêle contient de la silice et a une action anti-fongique, de plus elle provoque un épaississement des feuilles qui seront moins fragiles) - quelques gouttes de savon noir liquide de type Marius Fabre.

· Récupérez des variétés anciennes

Nombre de variétés ont été mises de côté en raison, entre autre, de leurs rendements estimés insuffisants et de leur fragilité les rendant compliquées à transporter et à stocker de leur manque d'uniformité....

Parlons de la pomme par exemple : il y a quelques années, en agriculture conventionnelle il était appliqué environ 35 traitements. Les variétés étaient créées en fonction des traitements possibles à appliquer aux détriments des variétés anciennes ! C'est le cas par exemple de la pomme Golden que nous connaissons tous, qui est appelée à disparaître en raison de l'abandon de ces traitements massifs : elle ne sera pas génétiquement suffisamment armée pour se défendre sans ces derniers !

Ainsi l'Inra s'est mis en quête de rechercher, avec l'aide de personnes bénévoles passionnées, des variétés sauvages aux qualités gustatives peu intéressantes mais d'une résistance à toute épreuve.

Je vous invite donc à récupérer autour de vous des variétés anciennes, même si au départ, il s'agit de variétés trouvées dans le commerce, peut-être pourrez-vous en glaner auprès de jardiniers aguerris passionnés.

Vous allez au fil des saisons les acclimater aux spécificités de vos sols et climats respectifs en prélevant les graines sur les plus jolis fruits des plus jolis plants. Au départ, vos rendements vous sembleront peut-être décevants, mais à partir de la troisième année, vous serez étonnés du résultat obtenu !

· J’habite en ville

Si vous ne disposez pas d'une grande surface pour installer votre jardin, notamment en ville, mieux vaut privilégier les fruits et légumes à forte valeur gustative ajoutée, c'est à dire qu'il est des légumes comme les poireaux, les flageolets, haricots verts par exemple qui seront forcément meilleurs si vous les cultivez, mais dont le rapport travail-goût-emprise au sol sera beaucoup moins intéressant que celui que vous obtiendrez sur des courgettes, tomates, poivrons et aubergines entre autres.


· L’éternelle question concernant les tomates : faut-il enlever les gourmands ?

Le fait de couper les gourmands, d'épamprer, provoque une blessure sur la plante et constitue donc une entrée possible pour les maladies cryptogamiques telles que rouille, oïdium, mildiou etc..

Le rendement obtenu sur un pied est au prorata du nombre de branches laissées sans pour autant compromettre le calibre des fruits.

Les feuilles sont primordiales pour le bon fonctionnement de la photosynthèse donc pour alimenter de façon optimale vos fruits, plus la végétation sera abondante, mieux vos fruits seront nourris.

L'ensoleillement de plus en plus important provoque des brûlures sur ces derniers, s'ils sont trop exposés, une protection solaire s'avère nécessaire.

Souvent, la question qui suit est "Si l'on épampre, ils ne vont pas parvenir à mûrir s'ils sont trop à l'ombre ?" Evidemment si durant tout l'été il pleut !! … Mais bon, ceci n'est plus vraiment d'actualité.

Ce qui provoque le mauvais mûrissement est dû la plupart du temps à une souffrance de la plante, qui pour se mettre en mode survie, commence par moins alimenter ses fruits, privilégiant sa structure. Mieux vaut donc ne pas épamprer, le bénéfice étant probant, et les lier au fur et à mesure de leur croissance en essayant de ne pas coincer des fruits au milieu.

Tous les soins, les intentions et les ondes positives que vous prodiguerez à vos plantes, vous permettrons sans nul doute de faire en sorte qu'elles vous le rendent, vous gratifiant de leurs plus beaux fruits et légumes ! Nous avons tellement à apprendre, mais ce qui est certain c'est que les plantes sont des êtres vivants et sensibles. »




Voilà, j’espère très sincèrement que cet article vous a plu et que vous avez appris des tonnes de choses ! Promis, je vais travailler au corps Marie Pierre pour qu’elle ouvre des ateliers ou qu’elle écrive un i-livre ;) Pour ma part, je rajouterai que pour jardiner et cultiver, il est préférable d’avoir un compagnon de chemin. Chatouille est un fidèle compagnon de jardinage, il ne lui manque plus que la parole pour dire combien il est heureux de participer à toutes ces plantations !


Vous trouverez plus de renseignements dans ces liens :

. La début de cette interview : Comment débuter un jardin potager en permaculture

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Anne BIED